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Le visa Balladur remis en question dans un rapport parlementaire a Mayotte




Le visa Balladur remis en question dans un rapport parlementaire a Mayotte

C'est sur la demande insistante des élus mahorais que le visa dit "Balladur" a été instauré en 1995, restreignant la circulation entre l'Union des Comores, Anjouan notamment, et Mayotte. Avant cette date, les Comoriens des autres îles pouvaient aller et venir mais devant l'accentuation de l'écart de niveau de vie entre Mayotte et les îles s½urs, la crainte d'une immigration grandissante vers Mayotte a poussé le gouvernement de l'époque à mettre en place ce visa préalable, délivré uniquement à l'ambassade de Moroni jusqu'à l'ouverture de l'antenne consulaire d'Anjouan en 2009. Comme le rappelle ce rapport, "les conditions d’obtention sont celles prévues classiquement pour l’entrée sur le territoire français, mais difficiles à réunir pour beaucoup de Comoriens". Le visa Balladur restreignait donc de manière drastique la possibilité d'entrer à Mayotte de façon légale.

Les 70 km qui séparent Anjouan et Mayotte rendent la traversée possible, même avec une petite embarcation comme les barques de pêcheurs de type Yamaha utilisées sur toutes les îles de l'archipel. Les kwassa-kwassas étaient nés et leur nombre ne cessera d'augmenter d'année en année, malgré une politique particulièrement répressive et des moyens énormes utilisés. "Le coût des reconduites à la frontière d’immigrés clandestins s’élèverait, chaque année, entre 50 et 70 millions d’euros, à Mayotte" précise le rapport. Si la traversée en barque est possible, elle n'est pas sans risques. "L’évaluation du nombre de décès lors de ces traversées est difficile : les chiffres varient, selon les estimations, entre 7.000 et 10.000 morts depuis 1995".

L'augmentation des moyens mis en place pour                                                     

lutter contre l'immigration a poussé les passeurs à prendre de plus en plus de risques. Ainsi, les eaux de Mayotte sont surveillées par quatre radars, dont le dernier a été mis en place il y a un an dans le sud de l'île. Mais, "lorsque la houle est forte, les radars sont inopérants pour détecter les kwassas kwassas" explique le rapport, les passeurs connaissent évidemment cette faille et tentent malgré tout la traversée sur une mer devenue alors dangereuse. Cette année encore, en moins de deux mois, deux naufrages dans les eaux mahoraises viennent de faire onze morts et 19 disparus.

« Selon les estimations, la population immigrée clandestine à Mayotte pourrait s’élever entre 50.000 et 60.000 personnes, dont 90 % d’origine comorienne, soit environ un tiers de la population officielle de Mayotte », décrit le rapport. Or, en 2010, 26.405 personnes ont été expulsées, soit une hausse de + 32 % par rapport à 2009. Ce chiffre s’élevait à 24.278 personnes en 2011. Tous les deux ans, le nombre des reconduites est donc presque équivalent au nombre total d'étrangers en situation irrégulière. "En 10 ans, l’équivalent de la population mahoraise aurait été expulsé. La moyenne des reconduites par jour est de 57,5 mais s’échelonne en réalité entre 40 et 140, voire 300 certains jours". Tous ces chiffres amènent les parlementaires à soumettre l'idée de "mettre fin au « visa Balladur » qui n’a aucunement mis fin à l’immigration illégale et lui substituer un dispositif d’attribution de visa plus réaliste et rigoureux afin de mieux maîtriser l’immigration".

Les rapporteurs précisent cependant que "l’objectif n’est pas de renoncer à une politique de régulation de l’immigration".






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