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Madagascar: Rajaonarimampianina à l’épreuve




Déclaré élu officiellement par la CES –Cour Electorale Spéciale – le 17 janvier 2014, le nouveau président Hery  Rajaonarimampianina  entre en fonction après cinq longues années de transition malgache…
 
Verdict sans appel
 
Par arrêt de la Cour Electorale Spéciale n°10-CES/AR du 17 janvier 2014, le candidat Hery Rajaonarimampianina - soutenu par le pouvoir de transition - est proclamé élu président de la République de Madagascar avec 2.060.124 voix soit 53,49%  face à Jean-Louis Robinson – opposition - crédité de 1.791.336 voix soit 46,51%.
 
Pour rappel,  le second tour de l’élection présidentielle  du 20 décembre 2013 a enregistré 4.043.246 votants  et  3.851.460 suffrages exprimés - moins que les 4 millions de voix exprimées au premier tour du 25 octobre 2013 – avec un taux de participation de 50,72%.
 
La CES a confirmé les grandes tendances des résultats provisoires publiés par la CENIT – Commission Electorale Nationale Indépendante de la Transition – et invalidé en bloc les requêtes pour fraude déposées par le candidat  Jean-Louis Robinson qui était, rappelons-le, en pole position à l’issue du premier tour avec 21% des suffrages exprimés face à son adversaire  Hery Rajaonarimampianina, crédité alors de 15% des voix.
 
Poussé par les fans inconditionnels de Marc Ravalomanana à descendre dans la rue comme l’avait fait ce dernier en 2002, Jean-Louis Robinson a donc préféré accepter le verdict -sans appel- de la CES pour intégrer le cadre d’opposition légale institué par la Constitution de la 4e République malgache: c’est avec la casquette de leader « autoproclamé » de l’opposition qu’il a assisté à la cérémonie d’investiture du nouveau président  Hery Rajaonarimampianina le 25 Janvier dernier, devant un public clairsemé au stade municipal de Mahamasina.
 
La tension politique ne baisse pas pour autant puisque le même jour un attentat à la grenade a fait deux morts et une cinquantaine de blessés, à la sortie du méga-concert organisé l’après-midi de la cérémonie d’investiture : attentat non revendiqué, mais interprété comme un avertissement des groupes mafieux suite au discours du nouveau président, qui déclare vouloir « lutter contre la corruption » paralysant depuis des décennies les rouages de l’Etat malgache…
 
CI : Reconnaissance conditionnelle
 
Les déclarations des grandes chancelleries – SADC/Union Africaine, France/Union Européenne, Nations Unies, USA, Japon… -  expriment  la reconnaissance conditionnelle du nouveau régime par la communauté internationale, à l’image du communiqué en date du 20 Janvier 2014 du porte-parole de Ban Ki Moon, Secrétaire général des Nations Unies qui « se félicite de la validation des résultats définitifs de l’élection présidentielle à Madagascar, que les observateurs internationaux ont jugé pacifique et ordonnée. » […] « Après une élection serrée, le Secrétaire général appelle le nouveau gouvernement à tendre la main à l’opposition  et à diriger le pays dans l’intérêt de tous ses citoyens. […] »
 
Au-delà du satisfecit général manifesté par la communauté internationale,  certains observateurs locaux y voient une manière implicite de reconnaitre l’existence des « fraudes massives » dénoncées par le camp Jean-Louis Robinson –et par ailleurs constatées par la CES au niveau des législatives dans au moins 4 sur 119 districts de Madagascar -  d’où les fortes pressions extérieures en vue d’un gouvernement de cohabitation ou de réconciliation nationale.
Avec à la clé un  retour des financements - à hauteur d’un milliard de dollars pour les projets en cours d’après la Banque mondiale- suspendus en Décembre 2008 sous la présidence de Marc Ravalomanana et réduits durant toute la Transition de 2009 à 2013 à des programmes d’aide humanitaire : à cet effet, une mission du FMI d’évaluation de la situation économique est attendue en Février 2014, dont « les résultats de son bilan serviront à définir les consignes du FMI et les fonds à débloquer » (source : tananews).
 
Cohabitation ?
 
D’après les résultats des législatives publiés le 06 février dernier par la Cour Electorale Spéciale, les observateurs dénombrent 49 députés du MAPAR - groupement « Avec le Président Andry Rajoelina » -, 39 députés  indépendants, 20 sièges à la mouvance Ravalomanana et 13 sièges au parti de l’ex-vice premier ministre Hajo Andrianainarivelo - dissident de la mouvance Rajoelina-  sur les 151 sièges de la future assemblée nationale.
 
En comptant avec ses alliés « indépendants» , le groupe MAPAR pense atteindre entre 74 et 84 députés (selon les sources ), majorité suffisante pour envisager le scénario « à la Poutine » visant à imposer Andry Rajoelina – ou un homme de confiance de ce dernier ? - au poste de premier ministre: scénario non souhaité par la communauté internationale mais apparemment sans alternative pour le nouveau président, ne disposant pas de parti avec son propre groupe parlementaire à l’assemblée nationale.
 
De ce fait, le nouveau président malgache  pourrait suivre les conseils de la communauté internationale et  tendre la main à l’opposition en intégrant des représentants de  son adversaire Jean-Louis Robinson et de la mouvance Ravalomanana - forte de son groupe de 20 députés fraîchement élus - au sein d’un futur gouvernement de cohabitation… bon gré mal gré. Affaire à  suivre !
 
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