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L'État, quel État ?




Tsahal, Gurkha, Spetsnaz : des noms d’origine, israélien, népalais et russe, qui sont passés dans le glossaire militaire international. Le corps américain des Marines, la Légion étrangère en France ou le SAS britannique, ont acquis un prestige sans frontières. Mais, qui a jamais entendu parler de « Tafika » ou 
« miaramila », en dehors de nos frontières 
Un ancien président allemand objecta à l’envoi de militaires allemands à l’étranger : « je ne pense pas que le reste du monde ait envie de revoir combien le soldat allemand sait se battre ». Les militaires malgaches n’ont jamais eu l’occasion de démontrer quoi que ce soit. L’armée royale de 1895 avait constamment reculé, sinon simplement fui, depuis Maevatanana jusqu’à Antananarivo, en passant par Andriba. Sous la république socialiste, dans les années 1980, on les vit surtout affronter les « dahalo » voleurs de boeufs, dans le sud de l’île. La crise politique de 2002 offrit un visage inattendu, celui du réserviste improvisé venant pourtant à bout d’unités qu’on disait aguerries. La crise politique de 2009 nous dévoila une armée sans chef, sans valeur, sans principe, au stade suprême d’une décomposition entamée plusieurs décennies auparavant.
Faire faire l’Acmil (académie militaire d’Antsirabe) à son fils, est devenue une idée saugrenue, sinon absurde, depuis le spectacle lamentable de la mutinerie du Capsat, des événements honteux du 17 mars 2009, et de la mercenarisation des officiers, dernièrement imités par les sous-officiers. « First to fight for right and freedom and to keep our honour clean » chante l’hymne du corps des Marines américains. À combien d’années lumière s’en situent les militaires malgaches, armée et gendarmerie confondues 
N’empêche, cette armée-là, du moins l’idée qu’on s’en faisait, quand ce n’était pas véritablement une illusion qu’on s’entêtait à garder, représentait encore quelque chose, un dernier noyau de l’essentiel qu’on aurait voulu sauvegarder en attendant, un jour, quelque chose qui ressemble à une renaissance. C’est cette folle espérance qui vient de voler en éclats à la connaissance de cette nouvelle incroyable : douze militaires sont tombés dans une embuscade tendue par des « dahalo » voleurs de bœufs, dans le sud de l’île. Loin de l’image du dahalo à « pilotra » (fronde lance-pierre) ou armé d’un fusil MAS 36, c’est avec des lance-roquettes et des fusils mitrailleurs que les bandits de grand chemin attendaient les éléments des forces de l’ordre.
On ne manquera pas de railler le suréquipement des unités chargées de la protection des notables de la Transition, dans les rues de la Capitale. Tandis que les unités sur le terrain, au moins véritablement au service de la collectivité, manquent de tout : étaient-ils seulement véhiculés ces militaires partis à la poursuite de dahalo, quand d’innombrables 4x4 forment le long cortège de certains officiels bravant le maquis des embouteillages d’Antananarivo S’ils avaient bénéficié du soutien d’un seul hélicoptère, en serait-on à déplorer la mort de douze militaires en service 
La traçabilité des armes et des munitions était devenue un problème récurrent depuis la crise 2002. Les faits divers, qui se bousculent à la Une des journaux, rappellent constamment que des armes de guerre sont aux mains de criminels sans états d’âme. Après l’attaque perpétrée au domicile du chef du service antigang, voilà que c’est à une unité militaire qu’osent s’en prendre les hors-la-loi. 
Parmi les critères constitutifs d’un État moderne, figure le monopole de la violence légitime. Et la capacité à maintenir l’ordre. Ce critère est dangereusement malmené. La question de l’existence d’un appareil d’état à Madagascar est désormais clairement posée.