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APPEL NATIONAL A UN MORATOIRE SUR LA PEINE DE MORT




Alors que nous connaissons une autre page sombre dans notre pays, qui est celle de ces assassinats, qui sont perpétrés depuis ces dernières semaines, ces derniers mois, nous devons dans la juste valeur des choses faire preuve de fermeté, condamné sans faille ces actes ignobles.

Une condamnation qui ne doit pas nous faire oublier, l’état de droit... la justice sociale, la citoyenneté égalitaire, autant de facteurs que nous devons améliorer.

Alors que certains religieux et certains partis politiques en appellent à la peine de mort, en simple citoyen que je suis, je tiens à lancer un appel national, aux autorités gouvernementales, aux instances judiciaires et aux rôles prépondérants des oulémas sur cette question de la peine capitale.

Cela serait une grave erreur d’avancer vers cette pratique sans en avoir eu la lucidité et la capacité d’étudier en profondeur l’application de ladite peine.

Ce qu’il faut, c’est un moratoire sur la peine de mort et j’en appelle à une prise de conscience de toutes les forces vives de ce pays, hommes, femmes, professeur, médecin, avocat, oulémas et toutes les énergies qui pourront nous éclairer sur la question quant à l’application de cette peine.

Certains parlent d’application stricte de la charia islamique. Le mot charia est très souvent mal utilisé et mal compris vu la connotation que la plupart des médias en ont donnée.

La charia islamique, c’est d’abord la voie de la justice, c’est l’essence même de notre religion qui est celle de trouver la juste valeur des choses.

Ce n’est pas de nos jours couper de façon injuste la main des voleurs ou lapider les femmes adultères et j’en passe de toutes ces peines ignobles qu’on nous fait croire qu’elles sont appliquées au nom du coran.

Ma position est que nous devons stopper immédiatement toutes tentatives menant à cette application pour qu’il y’ ait d’abord discussion sur la question.

L’application de cette peine aux Comores ou ailleurs dans le monde musulman est conditionnée sur autant de facteurs que nous devons prendre en compte pour voir si oui ou non, il y a consensus entre ce que disent les textes et quant au contexte historique et actuel quant à son application.

Avant de rêver d'appliquer la charia, améliorons d’abord notre système judiciaire dans notre pays. Qu’en ait-il de l’assassinat de Combo Ayouba ?

N’oublions pas l’exécution en public de Taoufik en 1996.

Qu’en ait-il depuis ce jour ? Le jugement à la peine capitale de Taoufik de cette manière a été une grande bavure. Je garde toujours ces images douloureuses et injustes de cette mise en scène de l’assassinat de cet homme fusse-t-il, le pire des hommes ne méritait pas ce sort en public.

C’est une honte pour notre pays, c’est une honte pour notre justice, c’est une honte pour la dignité humaine, pour l’avenir de nos enfants.

Nul n’est aveugle que la justice aux Comores et pas seulement aux Comores, mais en Afrique et même dans les pays les plus avancés au monde, de l’Europe, en Asie, aux Etats-unis, les systèmes judiciaires sont si imparfaits et qu’on applique parfois la ligne en deux poids de mesure.

A la Grande-Comore, je suis indigné d’entendre ces partis politiques qui demandent l’application de la peine de mort. Je suis indigné que dans notre pays, on instrumentalise encore une fois la religion à des fins électoralistes.

Cessons de jouer avec l’islam. Cessons cette hypocrisie !

En simple citoyen que je suis, je lance un appel national à un moratoire sur la peine de mort avant que nous n’ayons à vivre et à subir d’autres exécutions. J’en appelle à toutes les instances nationales et internationales, aux intelligences à l’intérieur de notre pays comme à l’extérieur pour faire avancer nos idées face aux défis qui sont les nôtres.

Ceux qui tuent et qui reconnaissent leur acte ou bien ceux sont qui sont reconnus coupable doivent être jugés lourdement. Aucune personne, aucun père, aucune mère, aucune famille n’acceptera que l’un de leurs membres soit tué sans que les coupables ne soient jugés à des peines lourdes si les faits du meurtre sont avérés.

Si les faits du meurtre ne sont pas avérés, le fait que nos systèmes judiciaires sont si imparfaits et manquent tellement d'équité et de transparence, nous avons tellement à reformer, tellement à améliorer nos procédures que nos lacunes devraient toujours bénéficier à l’accusé en ne le condamnant pas à la peine de mort. Il vaut bien mieux se tromper en sa faveur que de tuer par erreur.

Encore faut-il appliquer ces peines et la loi de façon juste et égalitaire, pas de façon à trouver des boucs émissaires pour cacher d’autres injustices.

Anam CAABI